Pour assimiler la relation entre pH, T.A.C. et CO2, il faut savoir que le pH est dépendant du T.A.C. Suivant la valeur de ce dernier, il suffit d’augmenter ou de réduire les apports de CO2, pour modifier le pH. Le T.A.C. est donc le pouvoir tampon de l’eau. Si vous voulez rendre votre eau plus acide, il vous faudra obligatoirement soit baisser le T.A.C., soit rajouter du CO2. A ce propos, le T.A.C. n’a rien à voir avec le T.H. qui, lui, mesure le calcium et le magnésium présents dans l’eau. Si la valeur est basse, l’eau est douce, et inversement. Le T.H. n’a aucune incidence sur le trio pH, T.A.C. et CO2.

La mesure du pH n’a donc bien souvent pas l’importance qu’on lui accorde. Ce sont les composantes de la valeur pH qui sont vitales pour les poissons et les plantes. Autrement dit, mesurez votre T.A.C. pour connaître réellement la qualité de votre eau. D’ailleurs, c’est la mesure conjointe du T.A.C. et du pH qui permet de connaître la teneur en CO2 de l’eau. Donc de savoir si l’eau de votre aquarium est bien équilibrée pour permettre la croissance optimale de vos plantes. Après l'avoir vérifiée, deux cas se présentent. L’eau est correcte avec une teneur en CO2 dissous supérieure à 15 et inférieure à 60 mg/l. Une moyenne de 35 mg/l est excellente pour la pousse des plantes. Ou bien inversement, il manque du CO2 et c’est là qu’intervient l’apport artificiel de gaz carbonique. Le troisième cas est un excès de CO2 qui reflète l’état général du bac, et qui va certainement de pair avec une carence en oxygène dissous ayant déjà dû faire bien des dégâts. Un bon nettoyage de l’aquarium et un brassage important élimineront le CO2 en surcharge.

Quelques cas typiques reflètent les problèmes liés à une carence en CO2. Les dépôts calcaires que l’on trouve parfois sur les feuilles rubanées des Vallisneria, ainsi que sur le décor, particulièrement sur la résistance chauffante, sont dus à une carence en CO2. Ce phénomène se produit quand l’eau est fortement brassée, donc bien oxygénée, le CO2 s’échappant par la même occasion. Ce phénomène est d’autant plus fréquent que le T.A.C. est élevé, l’eau nécessite alors beaucoup de CO2 pour rester stable.

En fait, les problèmes de carence en CO2 se font surtout ressentir dans les grands bacs, fortement brassés et en eau calcaire. Les besoins en CO2 d’un petit bac doté d’une filtration lente et d’un éclairage moyen arrivent souvent à une autosuffisance. Des problèmes peuvent toutefois survenir. Lorsque l’on change ses fluos, les plantes réagissent par une pousse plus rapide. Les besoins en CO2 sont accrus et le déséquilibre peut s’installer progressivement.

On s’est rapidement aperçu que les aquariums très fournis en plantes avec peu de poissons, cas typique du bac hollandais, présentent une carence en CO2 au bout de quelque temps car les animaux ne fournissent pas assez de déchets et donc de CO2 pour combler les besoins des plantes qui sont nombreuses et sous un éclairage puissant. De là est venue l’idée d’une fumure au gaz carbonique. A l’usage, on y a trouvé d’autres applications. Par exemple, l’apport de CO2 associé à un T.A.C. raisonnable (pas trop bas pour ne pas altérer le pouvoir tampon de l’eau), afin de faire baisser le pH. Ainsi, on peut obtenir des valeurs nécessaires aux discus, Crenicara, petits tétras, etc.

Le tout est de respecter les valeurs indiquées (voir tableau). Et bien évidemment d’associer, au diffuseur de CO2, un appareil de contrôle permanent du pH pour éviter une chute dramatique de celui-ci avec comme conséquence la perte de ses poissons.

Les appareils du commerce se composent le plus communément d’une bouteille de CO2, d’un détendeur qui permet de régler la pression, d’un compte-bulles pour le dosage et dans le meilleur des cas d’un système de contrôle du pH. Les autres systèmes relèvent plus du gadget qu’autre chose. Il est illusoire et dangereux d’envoyer de temps à autre une petite giclée de CO2 comme on distribuerait de la nourriture. C’est un paramètre à contrôler impérativement. D’autant plus qu’un réglage est difficile à établir puisque, comme on l’a constaté précédemment, les besoins évoluent. Cela suppose un investissement que les aquariophiles un peu bricoleurs peuvent réduire. A la place d’acheter un kit CO2 complet, il est possible de se fournir en bouteille de CO2 dans le commerce d’appareils médicaux. A cette bouteille, il faut ajouter un détendeur qu’il vaut mieux acheter dans un point de vente aquariophile. Le tout est couplé à un pH-mètre électronique (correctement étalonné) pour une vision immédiate des variations du pH. Avec une telle installation, on obtient de bons résultats, une certaine sécurité et un prix plus abordable. Le nec plus ultra reste, quand même, le procédé de distribution automatique suivant la valeur du pH.

Après, il existe chez les différentes marques, des options qui ne manquent pas d’intérêts. Un système d’électrovanne pour couper la diffusion la nuit ; puisque, à ce moment-là, les plantes libèrent du CO2, ce n’est pas la peine d’en rajouter. Il existe également des bouteilles jetables et d’autres rechargeables suivant l’utilisation. Divers colimaçons et systèmes d’injection dans un filtre intégré sont proposés pour garantir une juste répartition du CO2 suivant le volume du bac.

QUELQUES ERREURS À ÉVITER

Une erreur assez commune est l’adjonction de CO2 dans un aquarium ou le T.A.C. est élevé afin d’obtenir un pH proche de la neutralité voire légèrement acide. Dans certaines régions, l’eau du robinet sort avec un T.A.C. de 18 °f. Dans ces conditions, pour obtenir un pH neutre, il faut une concentration minimum de 40 à 50 mg/l en gaz carbonique (voir tableau). Le pH de cette eau de conduite mesurée une heure après remplissage indique 8 donc un taux de CO2 inférieur à 10 mg/l. Dans ce cas, la quantité nécessaire de CO2 pour ramener le pH à 7 va être fournie par l’appareil. La bouteille à ce rythme risque de se vider très rapidement au grand désespoir de l’aquariophile et de son porte-monnaie ! Il suffit de baisser son T.A.C. pour atteindre des valeurs plus raisonnables. On rajoute de l’eau osmosée de manière à obtenir un T.A.C. de 6 à 10 °f.

Inversement, lorsque l’eau a un T.A.C. inférieur à 5 °f, il est dangereux d’injecter du CO2. Le pouvoir tampon de l’eau étant très faible, le pH instable dépend alors beaucoup de la concentration en gaz carbonique, et risque de chuter rapidement à des valeurs impropres à la santé des poissons. De plus, les aquriophiles concernés par ce fait doivent prêter attention à l’entretien et aux changements d’eau de leurs bacs. S'ils les négligent, le pH commence, alors, à chuter. D’une manière générale, toute variation brutale du pH est à proscrire. C’est d’ailleurs en partie pour cela que l’acclimatation d’un poisson doit se faire lentement et en plusieurs étapes.

Enfin un dernier conseil, comme tout appareil à gaz, il faut faire attention aux tuyaux et aux raccords pour ne pas risquer des fuites de CO2 qui passeraient inaperçues, ce gaz étant inodore et incolore. Le surplus de CO2 dans l’eau, rappelons-le, est facilement éliminé par un brassage en surface. Les normes de sécurité doivent être impérativement respectées : tests de sécurité, validité de la bouteille, pression. Par ailleurs la bouteille doit toujours rester en position verticale.

Tableau de calcul pour les valeurs pH, T.A.C. et CO2

KH (T.A.C.) 
60 mg/l de CO2 
35 mg/l de CO2 
10 mg/l de CO2
2 °all (3,6 °f) 
pH 6,0 
pH 6,3 
pH 6,8 
4 °all (7 °f) 
pH 6,3 
pH 6,6 
pH 7,1 
6 °all (11 °f) 
pH 6,5 
pH 6,7 
pH 7,3 
8 °all (14 °f) 
pH 6,6 
pH 6,9 
pH 7,4 
10 °all (18 °f) 
pH 6,7 
pH 7,0 
pH 7,5 

Valeurs calculées d’après Tillmans pour une température de 25 °C (Source Dennerle).

N. B. : les valeurs peuvent légèrement différer d’un auteur à l’autre selon la méthode de calcul utilisée.